Sémantique

Victor Foutou
Fils de Mouyondzi
Journaliste auteur.
Pays-Bas
 
Foutou c’est bien mon nom, mais en béémbé originel je m’appelle  bien Mfoutou. Pourquoi Mfoutou ? Si la modernité laissait un libre choix pour le prénom, notre tradition  imposait des noms aux jumeaux et jumelles et à celle ou celui qui les suit. Les patronymes conven-tionnels donnés aux deux sœurs jumelles c’étaient  Tsimba et Nzoussi. Tsimba est celle qui sort la première et Nzoussi la seconde. De même que chez les jumeaux, Mboussi est  le premier né et Mpika celui qui vient en second. Mfoutou est bien celle ou celui qui les suit. Je suis donc celui qui suit Mboussi et Mpika.  Mfoutou est un patronyme évocateur de nos us et coutumes qui veut dire celui qui a trompé.
 
En effet, selon notre tradition, j’aurais pu naître le même jour que mes frères Mboussi et Mpika, je m’étais dérobé à la naissance en attendant que mes deux prédécesseurs prospectent tout d’abord le milieu dans lequel je serai appelé à vivre. Si le milieu avait été défavorable,  je ne serais pas né.
Ceci je l’a appris au Mbongui : Un hangar où les hommes se retrouvent quotidiennement afin de se transmettre mutuellement le savoir et la connaissance. C’est ici qu’on débat, traite et règle tous les problèmes inhérents à la vie. On y accède à la profondeur de la pensée, de la connaissance et de la vie de toutes les générations qui nous avaient précédé. On informe et s’informe, se raconte des histoires pour s’instruire et se cultiver. Que nous reste-t-il de ce véritable centre culturel que le miroir de mes souvenirs me montre son reflet? je n’en sais rien car je l’ai quitté depuis plus d’un quart de siècles.
 
Mfoutou n’était pas seulement un enfant mythique , il était aussi doté de capacités exceptionnelles à guérir la surdité; un homme au service de l’homme. Chaque fois qu’un habitant du village avait un petit grincement dans l’oreille, on me consultait pour aider à réparer l’anomalie. Le seul remède à ma disposition était l’air que je soufflais fortement de ma bouche dans l’oreille souffrante. Après avoir accompli ce geste rituel, je demandais :
Es-tu sourd?
- Non, je t’entends parfaitement
répondait mon patient. Une cure devant laquelle j’exprimais secrètement mon scepticisme quant à ses effets  thérapeutiques. Pourtant, selon toute apparence, les malades y trouvaient leur compte. En contrepartie, je recevais quelques pièces d’argent que je devais obligatoirement accepter pour empêcher le mal de récidiver.
Que reste-t-il de nos us et coutume ?